Petites conversations de mon quartier

Affiche-webParu sur le blog Petites conversations de mon quartier – Décembre 2014
A l’occasion de la sortie du film documentaire « la fête est finie », une interview de l’auteur Nicolas Burlaud par Alain Barlatier

Nicolas Burlaud, présente toi, quels sont tes domaines d’activité, de création ?
Je suis un intermittent du spectacle, plutôt monteur de formation. Je monte des films documentaires, participe activement au collectif Primitivi que j’ai fondé il y a maintenant 15 ans. Je fais aussi du théâtre de rue dans des dispositifs qui utilisent la vidéo avec une approche assez documentaire (on va filmer les habitants, un quartier,…) mais ou la restitution n’est pas un film, mais une représentation spectaculaire dans l’espace public. Je travaille avec des collectifs comme KomplexKapharnauM par exemple ou Pixel 13. Je fais aussi des piges à F3 où je monte le journal régional.

 

Parle nous de tes derniers travaux, personnels et collectifs ...
La fête est finie m’a pris beaucoup de temps cette année. J’ai aussi participé au « BULB », une demie sphère gonflée à l’air de 10 m de diamètre et 5 m de haut qu’on couvre d’images avec des projecteurs vidéo et diapos.
J’ai monté en 2013 le film « le pendule de Costel » de Pilar Arcila qui suit une famille de Rroms dans son errance entre la France, la Roumanie et la Suisse.

 

Qu’en est il de « la fête est finie » ? quelle est la problématique de ce film, avec qui as-tu travaillé ?
J’ai commencé ce film parce que j’éprouvais la sensation de me faire avoir par la « Capitale de la Culture », d’être pris dans un piège ou la seule réponse possible était le rejet amer, aigri et pas très constructif. C’est la grande force de ce genre de dispositifs qui servent des projets de Ville, de société contre lesquels on devrait pouvoir argumenter, mais qui, parés de l’aura religieuse de la Culture, deviennent inattaquables. Ceux qui les dénoncent se trouvent inévitablement dans la posture du grincheux anachronique, voire réactionnaire. Le film revient sur l’année 2013, ou Marseille fut élue « capitale européenne de la Culture », et porte un regard critique sur l’opération, et sur son utilisation comme un accélérateur des processus de mutations urbaines qui redessinent la ville.

 

« La fête est finie » tresse trois récits :

 

- Celui de l’épisode du cheval de Troie : les Danaéens, ayant sans succès assiégé la ville de Troie pendant dix ans décident d’employer la ruse. Les Troyens, découvrant le cheval, débattent pour savoir s’il faut s’en méfier ou lui faire honneur. Cassandre les presse de le détruire mais la majorité décide de le faire entrer dans Troie. Ils préparent alors une fête immense et ornent les temples de feuillage de fête. On sait comment se termine l’histoire.

 

- Celui des festivités organisées pendant l’année « Capitale de la Culture ». Des grands événements de rue qui prennent une dimension métaphorique, lorsque les marseillais défilent lors d’une grande transhumance de moutons guidée par une femme en longue robe juchée sur 3 chevaux noirs, où lorsque un artiste de rue fait fabriquer au public une Ville de carton.

 

- Celui de la transformation urbaine de Marseille, véritable campagne militaire par exemple sur la façade maritime, rebaptisée « waterfront » par les élites locales et leurs « partenaires privés ». On voit aussi quelles résistances ce processus engendre, certains se demandant quelle place leur sera laissée dans « la Ville Nouvelle » qu’on leur promet.

 

Au delà de l’intérêt local, le film dresse le portrait de la concurrence acharnée que se livrent les villes moyennes et grandes en Europe pour attirer les investisseurs et la petite bourgeoisie intellectuelle qui fait les métropoles. Il pose également un regard sur le renversement historique que nous vivons où « la Culture », vecteur et valeur traditionnels d’émancipation pourrait bien devenir, si ses acteurs ne s’interrogent pas sérieusement sur leur rôle, une arme au service de la bourgeoisie d’affaire et des promoteurs immobiliers.
J’ai surtout travaillé seul, filmant dans un premier temps sans trop savoir ce que je faisais. Pour la première fois, j’ai pris le temps d’écrire en participant à une résidence d’écriture à Lussas en Ardèche. J’ai ensuite eu l’aide salutaire de Alain Matthieu qui est venu gracieusement (je n’avais pas un sou !) prendre le son et a donné un autre dimension aux tournages, puis de Agathe Dreyfus qui m’a aidé au montage et m’a apporté un regard neuf qui m’a beaucoup aidé. Je me suis aussi beaucoup appuyé sur des tournages réalisés ces dernières années par Primitivi, qui suit depuis des années les mutations de Marseille.

 

Présente nous aussi le collectif Primitivi …
Primitivi est une « téloche de rue », indépendante jusqu’au bout des ongles de toute subvention, parti politique, censure … C’est un collectif de vidéastes qui réalise des films, (nous avons édité en 2013 deux DVD regroupant une vingtaine de films courts d’actualité politique et sociale ayant tous trait, de près ou de loin , à Marseille), les diffuse, en diffuse d’autres réalisés par d’autres collectifs ou des réalisateurs dont nous apprécions le travail. Nous avons aussi, et peut être surtout, toujours cherché à trouver des canaux d’expression qui nous sortent du petit espace étouffant dans lequel le discours dominant voudrait nous enfermer. S’approprier la rue et l’expression. Nous avons réalisé des piratages hertziens à l’époque de la télé à antennes, projeté dans la rue, dans les manifs, dans des squatts. Nous avons réalisés des journaux et fresques murales de rue. Nous avons un site internet…

 

Quelles sont tes perspectives ?
D’abord m’occuper de le diffusion de ce film, toujours avec rien comme moyens, et en apprenant sur le tas. Il faut aussi que je gagne de quoi faire vivre ma nombreuse famille (j’ai trois garçons).
Primitivi suit de près le remuant carnaval de la Plaine, véritable espace de liberté dans la rue, attaqué violemment par la police l’an dernier. Cela a ressoudé les liens. Le carnaval de cette année va être énorme, et nous en ferons la chronique !

Propos recueillis par Alain Barlatier

Voir l’interview en ligne sur le site  Petites conversations de mon quartier

 

Primitivi : informations alternatives marseillaises, relais d’infos sud-américaines, relais des médias libres français.

Voir en ligne : http://www.primitivi.org/